Le vrai problème derrières les procédures mal appliquées.
- Ingrid Franssen
- 12 mai
- 3 min de lecture

"Pourtant, les consignes étaient claires." Dans beaucoup d’entreprises, cette phrase revient sans cesse. Une nouvelle procédure est expliquée.Les étapes sont détaillées.Les équipes disent avoir compris.Tout semble rationnellement limpide. Et pourtant… Quelques semaines plus tard :
les anciennes habitudes réapparaissent ;
certaines consignes ne sont pas suivies ;
les mêmes erreurs se reproduisent ;
des collaborateurs contournent les nouveaux processus ;
des décisions incohérentes persistent.
Alors, très souvent, on conclut :
que les équipes manquent de rigueur ;
qu’elles résistent au changement ;
qu’elles ne sont “pas assez engagées” ;
ou qu’elles n’ont simplement “pas compris”.
Mais le problème est souvent ailleurs. Parce qu’un cerveau humain ne fonctionne pas comme un logiciel auquel on injecte une instruction. Le cerveau humain ne cherche pas d’abord le “meilleur”. Il cherche souvent le “moins risqué”. Même si cela signifie rester dans des comportements inefficaces.
Le cerveau préfère souvent le familier au bénéfique
C’est un mécanisme extrêmement documenté en psychologie comportementale.
Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie, a montré avec Amos Tversky que l’être humain est beaucoup plus sensible à la perte potentielle qu’au gain potentiel.
Autrement dit :perdre un repère connu est psychologiquement plus puissant que gagner un bénéfice futur. C’est ce qu’on appelle notamment :
l’aversion à la perte ;
le biais du statu quo ;
ou encore les mécanismes de conservation cognitive.
Le cerveau humain cherche en permanence à réduire l’incertitude. Et le problème, c’est que toute nouvelle procédure crée justement :
de l’incertitude ;
un effort d’adaptation ;
une charge mentale supplémentaire ;
une peur implicite de mal faire ;
parfois même une menace identitaire ou sociale.
Même lorsque le changement est objectivement meilleur. C’est pour cela qu’un collaborateur peut :
comprendre parfaitement une procédure ;
reconnaître son utilité ;
être sincèrement d’accord avec elle ;
… sans pour autant l’appliquer durablement. Parce que comprendre ne suffit pas.
Comprendre ≠ intégrer ≠ appliquer
C’est probablement l’un des plus grands malentendus dans le management et la communication interne.
On suppose souvent que :“si quelqu’un a compris, alors il va naturellement appliquer.”
Mais les neurosciences comportementales racontent une autre histoire. Une grande partie de nos comportements sont automatisés. Selon plusieurs recherches en cognition et en psychologie des habitudes, le cerveau cherche continuellement à économiser de l’énergie.
Créer une nouvelle habitude demande :
un coût cognitif ;
un effort attentionnel ;
une vigilance constante ;
une répétition ;
et une phase d’inconfort temporaire.
Autrement dit :une procédure peut être logique… tout en étant neurologiquement “coûteuse”.
Et lorsqu’un cerveau est déjà saturé par :
les sollicitations ;
les notifications ;
les urgences ;
les réunions ;
les changements permanents ;
la fatigue mentale ;
… il revient naturellement vers ce qu’il connaît déjà. Même si ce n’est pas optimal. Même si cela crée des problèmes. Parce que le familier donne une illusion de sécurité.
Ce n’est pas uniquement un problème de procédure. C’est un problème de perception du risque.
Beaucoup d’entreprises pensent devoir améliorer leurs procédures.
En réalité, elles doivent parfois surtout travailler :
l’adhésion ;
la perception ;
la sécurité psychologique ;
la simplicité cognitive ;
et les mécanismes humains du changement.
Car une procédure n’est jamais appliquée uniquement parce qu’elle est claire.
Elle est appliquée lorsqu’un cerveau considère que :
l’effort est acceptable ;
le risque émotionnel est faible ;
le changement paraît accessible ;
et le nouvel automatisme devient plus confortable que l’ancien.
C’est toute la différence entre transmettre une information… et créer une transformation comportementale.
Les entreprises sous-estiment encore énormément la mécanique humaine
Aujourd’hui, beaucoup d’organisations continuent de penser le changement de manière très rationnelle :
expliquer ;
informer ;
former ;
envoyer un document ;
rappeler les règles ;
refaire une réunion.
Mais un cerveau humain ne change pas uniquement parce qu’on lui fournit plus d’informations.
Sinon :
personne ne fumerait ;
personne ne procrastinerait ;
personne ne resterait dans des habitudes destructrices ;
et toutes les procédures d’entreprise fonctionneraient immédiatement.
Le vrai sujet est ailleurs :comment réduire la sensation de risque associée au changement ? Comment rendre un nouveau comportement plus rassurant que l’ancien ?
Comment créer les conditions neurologiques, émotionnelles et sociales qui permettent réellement l’intégration ?
Le cerveau est un logiciel vivant
Et comme tout logiciel, il nécessite parfois des mises à jour. De nouveaux repères.De nouvelles associations.De nouveaux automatismes.De nouvelles façons de percevoir une situation. C’est précisément là que se joue aujourd’hui une partie essentielle du management, du leadership et de la communication interne. Les entreprises qui réussiront demain ne seront pas forcément celles qui auront le plus de procédures.
Ce seront celles qui comprendront le mieux comment fonctionne réellement un cerveau humain sous pression, sous charge cognitive et dans un environnement saturé. Parce qu’entre dire une chose…et créer un changement durable… … il y a tout l’enjeu de l’humain. Et, c'est là que j'interviens.
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